1. On déplore à tout instant que nous n’ayons pas de gens pratiques ; les politiques, par exemple, ce n’est pas ça qui manque ; les généraux non plus, ça ne manque pas ; toutes les sortes de dirigeants dont on pourrait avoir besoin, aujourd’hui, ça court les rues - mais pas les gens pratiques. Du moins, tout le monde déplore que ça nous manque.
    L’idiot (livre 3), de Fédor Dostoïevski, traduction André Markowicz. (Encore un classique qui mérite son titre - de classique, pas d’idiot, bien au contraire !)
  2. Les Fleurs bleues de M. Raymond Queneau

    Cidrolin rêve, sur sa péniche, qu’il est le duc d’Auge, naviguant d’époque en époque. Le duc d’Auge, chevauchant d’époque en époque, rêve qu’il est Cidrolin. Tous deux ont trois filles, dont on parle beaucoup mais qu’on voit peu, plus d’épouse et une capacité inversement proportionnelle à tout faire ou rien à la fois. Pas fastoche de résumer mieux que ça ce roman fantasque et fantastique (dans tous les sens que vous voudrez bien donner à ce mot). C’est un livre qui ne se raconte pas mais se lit, un livre avec des chevaliers, une péniche sur la Seine, des Normands qui boivent du calva, des céhéresses, un campigne, un abbé, des grottes périgourdines, des langues étrangères, un ératépiste, des chevaux qui parlent, des gens qui beuvent (trop, et de l’essence de fenouil, avec ça !), bref, un sacré bazar drôlement drôle. Avec aussi tellement plein d’astuces et de références qu’yapluka lire la version commentée pour bien tout saisir l’ampleur de notre inculture… du grand Queneau !

  3. C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile.
    Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1856. (Qu’est-ce que c’est bien !)
  4. Art (moderne) à Berlin / (Modern) art in Berlin

  5. Animaux berlinois / Berlin animals

  6. Berlin “classics” / “Classiques” berlinois

  7. Did you hear the rain? by George Ezra, album Wanted on Voyage (2014).
    Goes well with the wonderful “summer” weather we’re having… for something a little more uplifting, check out Budapest, from the same album.
    Va très bien avec ce merveilleux temps “d’été”… pour quelque chose d’un peu plus réconfortant, allez écouter Budapest, tirée du même album.

  8. by sarahscribblesillustration
    High Res
  9. The Unnamed, by Joshua Ferris

    Tim, a fifty-something lawyer, suffers from a mysterious condition: the irrepressible need to walk, until his body cannot carry him anymore. And this overpowering need comes and goes as it pleases.
    What is great about this novel is that Ferris never tries to explain the reasons of this curious illness, doesn’t try to justify anything, it’s just the way it is and that settles that. He actually simply (though it’s not that simple) allows his readers to share the pain, the freedom, the attachments, the errors, the search for a cure, basically the life of his hero and those surrounding him, all the folly and love in it.
    And this is very much helped by his writing, all at once precise, detailed but not dry at all and lyrical enough to carry you away and have you tag along in this crazy walk of your own free will.
    This combination of a great story, believable characters and an ability to make you feel for them without being overly emotional is how Ferris makes his story so believable, so enthralling, incredibly scary and beautiful and heartbreaking.
    Beware, just like Tim, if you start, you won’t be able to stop until your body says so.
    ______
    (I also highly recommend Then we came to the end, Ferris’s first novel. I won’t talk about it here, it’s been too long since I read it, but it made as strong an impression on me back then.)

  10. The fact that the lines do not come to the edge of the page is no guarantee. Poetry is a verdict, not an occupation.
    The Favorite Game, Leonard Cohen, a 1963 novel.
  11. Que de violence !

    Beaucoup d’hémoglobine et/ou de violence morale pas sympa sympa ces derniers temps au cinéma. Vous me direz, je pourrais aussi aller voir des films plus légers, personne ne m’oblige… Mais si c’est pour me coltiner les Jersey Boys sclérosés de Mister Eastwood, je préfère arrêter les frais. Allez, petite revue des pifs, des pafs et des bien-fait-pour-toi du mois.

    Jimmy’s Hall, de Ken Loach. Pas violent à proprement parler, on est ici plutôt dans la rébellion à échelle locale, les armes ont officiellement été déposées, mais les rancœurs ne sont pas vraiment apaisées… Ken Loach dresse un beau portrait d’homme(s), et retranscrit parfaitement l’emprise de l’Église sur cette Irlande de début de siècle, et la violence morale et l’intolérance qu’elle s’autorise à défendre. (Et puis je trouve ironique à souhait que le curé progressiste de l’histoire soit incarné par l’acteur qui joue le Moriarty psychopathe de chez psychopathe des Sherlock de la BBC…)

    Coldwater, de Vincent Grashaw. Un ado américain est envoyé en camp de redressement option humiliations permanentes. Mais à force de chercher à dresser des gosses par la violence, ça finit forcément par partir un tantinet en cacahouète (et c’est un euphémisme). Un film très explicite niveau violence (un peu trop sur la fin, mais il faut bien faire ses classes), superbement porté par son jeune acteur principal (P.J. Boudousqué), peut-être un peu froid, mais encore plus flippant quand on sait que ce genre de centre existe par dizaines aux USA, sans véritable contrôle institutionnel…

    Blue Ruin, de Jeremy Saulnier. Un film de vengeance, œil pour œil, dent pour dent. La violence physique, directe, se limite à deux ou trois moments-clés balèzes, le reste consistant en préparations, attente, cache-cache avec les “ennemis”, assortit d’une tension plus ou moins importante en harmonie avec ce que vit le “héros”. En soit, c’est un bon film, bien fichu, bien joué, mais comme le réalisateur ne prend pas parti, ne rend pas son personnage principal plus intriguant ou plus sympa que ça, ou n’introduit pas de second degré qui pourrait faire passer la pilule, au final, on s’en fout de sa vengeance. Et puis la loi du Talion, je trouve ça con.

    Puisque je suis au chapitre film de vengeance et second degré (ou pas), voilà Big Bad Wolves, d’Aharon Kshales et Navot Papushado. Un père kidnappe et torture le supposé responsable du viol, de la torture et du meurtre de sa fille de 10 ans, avec l’aide plus ou moins consentante d’un flic mis à pied. Dis comme ça, je vous l’accorde… Mais contrairement au film précédemment cité, c’est fait avec un humour noir, un sens de la dérision et de l’exagération à l’extrême de la violence qui le place entre Tarantino et le Killer Joe de William Friedkin. Affreux, sale et méchant, mais tordant !

    Drôle aussi (étonnamment ?), et diablement efficace, le dernier Tom Cruise : Edge of Tomorrow (Demain à jamais), de Doug Liman. Film de guerre-science-fictionnel classique avec le héros-qui-va-sauver-le-monde-tout-seul-ou-presque, mais avec un personnage un peu moins banal qu’à l’accoutumée (au départ super trouillard et pas soldat dans l’âme pour deux sous) et une bonne dose d’humour tout à fait agréable. Et une femme dans le rôle du vrai super-héros qui gagne toujours à la fin. De la bonne came à pop-corn pour l’été, quoi !

    Beaucoup plus intimiste (en même temps, c’est pas dur), Black Coal, polar chinois de Diao Yinan. Des cadavres coupés en morceaux éparpillés dans tout le pays, un flic alcoolo et lui aussi mis à pied, une teinturière taiseuse et mystérieuse, de la neige, de la nuit, du brouillard… Deux scènes violentes et bien cra-cra, une atmosphère plombée, un ensemble bien ficelé. Bémol cependant, le réalisateur ne sait pas terminer son film. Plusieurs fois, on se dit, c’est fini, et non, il rajoute encore une scène qui ne sert à rien… Mais au vu des critiques “professionnels” il semblerait que cet avis ne soit pas partagé par tout le monde…

    Pour finir, retour à un peu plus de douceur… Enfin… Le Procès de Viviane Amsalem, de Ronit et Schlomi Elkabetz, n’est pas violent physiquement, mais qu’est-ce qu’il envoie en termes de dénonciation de la violence sociale, morale, religieuse imposée aux femmes en Israël ! Pour divorcer, une femme doit obtenir l’accord de son mari. Qui peut refuser. Aussi longtemps qu’il le souhaite. Le film nous montre donc le combat de ladite Viviane Amselem pour obtenir ce divorce, uniquement depuis les audiences au tribunal. Les deux réalisateurs ont construit un huis-clos parfait, étouffant, maîtrisé de bout en bout, avec quelques soupapes hilarantes et bienvenues, à l’interprétation parfaitissime (oui, oui), et qui fait peur, très peur sur le fond. Un véritable poing dans la gueule !

  12. I Am Gone, Flip Grater, album When I’m Awake I’m At War (2010)
    Petite douceur comme ça, en passant… / Sweet little thing, just for the sake of it…

  13. Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des lieux qui seraient mieux sans eux.
    Jean Mistler, député, ministre, écrivain et secrétaire perpétuel de l’Académie française (1973-1985) - Petite citation de saison (même si le temps, lui, ne l’est pas), trouvée chez Michel Volkovitch
  14. Grosse flemme…

    Je lis, je vais au ciné, j’ingurgite deux saisons d’un coup de Sherlock en une semaine, je travaille (pour moi et pour les autres), bref, je suis bien occupée et je n’ai pas vraiment le temps ni le courage, voire encore moins l’envie, de tout chroniquer. J’ai la flemme quoi… Alors voilà un résumé de mon activité littéraire de ces dernières semaines :

    image

    Allez, je suis sympa, puisque j’y suis, quelques mots quand même… De bas en haut : Solo est un bon polar qui s’accorde parfaitement avec mon visionnage de l’intégrale James Bond, en mode Sean Connery années 60. Le Orsenna se lit tout seul en une petite demi-heure. Un peu simplet peut-être pour les adultes, mais un joli conte sur la grammaire et la langue. John Irving reste fidèle à lui même, celui-ci est un bon cru qui reprend tous ses thèmes habituels mais sans être redondant. Anne Fine, auteur de beaucoup de mes lectures d’enfance, m’a laissée un peu dubitative avec ce livre pour adultes, pas mal, mais dont il se dégage une ambiance un peu curieuse à mon goût, que je n’arrive toujours pas à identifier. Pennac, très bien, facile à lire, pas idiot, drôle, touchant. Jean Genet…  Très bon style, mais très conscient de sa qualité, sorte d’autobiographie sans l’être vraiment (le vrai début de l’auto-fiction ??), un détachement certain de l’auteur/narrateur qui éloigne et fascine le lecteur en même temps, une manière de raconter qui ne passionne pas forcément… d’où une perplexité profonde… sans doute n’est-ce pas un livre pour le métro, mais plutôt à savourer à petites doses, dans son canapé, avec une bonne tasse de thé par un dimanche pluvieux. Peut-être qu’ainsi, j’arriverai à le finir…

  15. If you obey all the rules,
    you miss all the fun.
     Katharine Hepburn

    (Source : valerielemercier)