1. The fact that the lines do not come to the edge of the page is no guarantee. Poetry is a verdict, not an occupation.
    The Favorite Game, Leonard Cohen, a 1963 novel.
  2. Que de violence !

    Beaucoup d’hémoglobine et/ou de violence morale pas sympa sympa ces derniers temps au cinéma. Vous me direz, je pourrais aussi aller voir des films plus légers, personne ne m’oblige… Mais si c’est pour me coltiner les Jersey Boys sclérosés de Mister Eastwood, je préfère arrêter les frais. Allez, petite revue des pifs, des pafs et des bien-fait-pour-toi du mois.

    Jimmy’s Hall, de Ken Loach. Pas violent à proprement parler, on est ici plutôt dans la rébellion à échelle locale, les armes ont officiellement été déposées, mais les rancœurs ne sont pas vraiment apaisées… Ken Loach dresse un beau portrait d’homme(s), et retranscrit parfaitement l’emprise de l’Église sur cette Irlande de début de siècle, et la violence morale et l’intolérance qu’elle s’autorise à défendre. (Et puis je trouve ironique à souhait que le curé progressiste de l’histoire soit incarné par l’acteur qui joue le Moriarty psychopathe de chez psychopathe des Sherlock de la BBC…)

    Coldwater, de Vincent Grashaw. Un ado américain est envoyé en camp de redressement option humiliations permanentes. Mais à force de chercher à dresser des gosses par la violence, ça finit forcément par partir un tantinet en cacahouète (et c’est un euphémisme). Un film très explicite niveau violence (un peu trop sur la fin, mais il faut bien faire ses classes), superbement porté par son jeune acteur principal (P.J. Boudousqué), peut-être un peu froid, mais encore plus flippant quand on sait que ce genre de centre existe par dizaines aux USA, sans véritable contrôle institutionnel…

    Blue Ruin, de Jeremy Saulnier. Un film de vengeance, œil pour œil, dent pour dent. La violence physique, directe, se limite à deux ou trois moments-clés balèzes, le reste consistant en préparations, attente, cache-cache avec les “ennemis”, assortit d’une tension plus ou moins importante en harmonie avec ce que vit le “héros”. En soit, c’est un bon film, bien fichu, bien joué, mais comme le réalisateur ne prend pas parti, ne rend pas son personnage principal plus intriguant ou plus sympa que ça, ou n’introduit pas de second degré qui pourrait faire passer la pilule, au final, on s’en fout de sa vengeance. Et puis la loi du Talion, je trouve ça con.

    Puisque je suis au chapitre film de vengeance et second degré (ou pas), voilà Big Bad Wolves, d’Aharon Kshales et Navot Papushado. Un père kidnappe et torture le supposé responsable du viol, de la torture et du meurtre de sa fille de 10 ans, avec l’aide plus ou moins consentante d’un flic mis à pied. Dis comme ça, je vous l’accorde… Mais contrairement au film précédemment cité, c’est fait avec un humour noir, un sens de la dérision et de l’exagération à l’extrême de la violence qui le place entre Tarantino et le Killer Joe de William Friedkin. Affreux, sale et méchant, mais tordant !

    Drôle aussi (étonnamment ?), et diablement efficace, le dernier Tom Cruise : Edge of Tomorrow (Demain à jamais), de Doug Liman. Film de guerre-science-fictionnel classique avec le héros-qui-va-sauver-le-monde-tout-seul-ou-presque, mais avec un personnage un peu moins banal qu’à l’accoutumée (au départ super trouillard et pas soldat dans l’âme pour deux sous) et une bonne dose d’humour tout à fait agréable. Et une femme dans le rôle du vrai super-héros qui gagne toujours à la fin. De la bonne came à pop-corn pour l’été, quoi !

    Beaucoup plus intimiste (en même temps, c’est pas dur), Black Coal, polar chinois de Diao Yinan. Des cadavres coupés en morceaux éparpillés dans tout le pays, un flic alcoolo et lui aussi mis à pied, une teinturière taiseuse et mystérieuse, de la neige, de la nuit, du brouillard… Deux scènes violentes et bien cra-cra, une atmosphère plombée, un ensemble bien ficelé. Bémol cependant, le réalisateur ne sait pas terminer son film. Plusieurs fois, on se dit, c’est fini, et non, il rajoute encore une scène qui ne sert à rien… Mais au vu des critiques “professionnels” il semblerait que cet avis ne soit pas partagé par tout le monde…

    Pour finir, retour à un peu plus de douceur… Enfin… Le Procès de Viviane Amsalem, de Ronit et Schlomi Elkabetz, n’est pas violent physiquement, mais qu’est-ce qu’il envoie en termes de dénonciation de la violence sociale, morale, religieuse imposée aux femmes en Israël ! Pour divorcer, une femme doit obtenir l’accord de son mari. Qui peut refuser. Aussi longtemps qu’il le souhaite. Le film nous montre donc le combat de ladite Viviane Amselem pour obtenir ce divorce, uniquement depuis les audiences au tribunal. Les deux réalisateurs ont construit un huis-clos parfait, étouffant, maîtrisé de bout en bout, avec quelques soupapes hilarantes et bienvenues, à l’interprétation parfaitissime (oui, oui), et qui fait peur, très peur sur le fond. Un véritable poing dans la gueule !

  3. I Am Gone, Flip Grater, album When I’m Awake I’m At War (2010)
    Petite douceur comme ça, en passant… / Sweet little thing, just for the sake of it…

  4. Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des lieux qui seraient mieux sans eux.
    Jean Mistler, député, ministre, écrivain et secrétaire perpétuel de l’Académie française (1973-1985) - Petite citation de saison (même si le temps, lui, ne l’est pas), trouvée chez Michel Volkovitch
  5. Grosse flemme…

    Je lis, je vais au ciné, j’ingurgite deux saisons d’un coup de Sherlock en une semaine, je travaille (pour moi et pour les autres), bref, je suis bien occupée et je n’ai pas vraiment le temps ni le courage, voire encore moins l’envie, de tout chroniquer. J’ai la flemme quoi… Alors voilà un résumé de mon activité littéraire de ces dernières semaines :

    image

    Allez, je suis sympa, puisque j’y suis, quelques mots quand même… De bas en haut : Solo est un bon polar qui s’accorde parfaitement avec mon visionnage de l’intégrale James Bond, en mode Sean Connery années 60. Le Orsenna se lit tout seul en une petite demi-heure. Un peu simplet peut-être pour les adultes, mais un joli conte sur la grammaire et la langue. John Irving reste fidèle à lui même, celui-ci est un bon cru qui reprend tous ses thèmes habituels mais sans être redondant. Anne Fine, auteur de beaucoup de mes lectures d’enfance, m’a laissée un peu dubitative avec ce livre pour adultes, pas mal, mais dont il se dégage une ambiance un peu curieuse à mon goût, que je n’arrive toujours pas à identifier. Pennac, très bien, facile à lire, pas idiot, drôle, touchant. Jean Genet…  Très bon style, mais très conscient de sa qualité, sorte d’autobiographie sans l’être vraiment (le vrai début de l’auto-fiction ??), un détachement certain de l’auteur/narrateur qui éloigne et fascine le lecteur en même temps, une manière de raconter qui ne passionne pas forcément… d’où une perplexité profonde… sans doute n’est-ce pas un livre pour le métro, mais plutôt à savourer à petites doses, dans son canapé, avec une bonne tasse de thé par un dimanche pluvieux. Peut-être qu’ainsi, j’arriverai à le finir…

  6. If you obey all the rules,
    you miss all the fun.
     Katharine Hepburn

    (Source : valerielemercier)

  7. shifting dots by beesandbombs

    shifting dots by beesandbombs

  8. Ah, traduction quand tu nous tiens…

    Ou quand une bonne trad vous fait finir un livre dont vous n’avez pas grand-chose à faire…
    Ici, le roman Le Grand Ordinaire, de Jeremy Chambers. Je n’ai donc pas vraiment apprécié l’histoire de Smithy, vieil australien taiseux qui bosse dans les vignes près d’une petite ville paumée où il n’y a pas vraiment de quoi s’occuper, et qui observe ses congénères vivoter et se foutre en l’air à l’alcool, lui qui a arrêté de boire pour éviter d’en crever. Ni le fond ni la forme ne m’ont embarquée (l’ensemble est loin d’être inintéressant, mais ça manque de cœur, d’emballement, de vie quoi), mais la qualité de la traduction de Brice Matthieussent est telle qu’il m’a été impossible de ne pas finir ce bouquin. Pas une faute, et une capacité fascinante à transcrire un style rugueux, fort et marquant de manière impeccable, sans franciser à outrance au risque de dénaturer la langue d’origine, mais sans sacrifier pour autant à la qualité de sa langue d’arrivée. (Je sais, cette explication est peut-être un peu rude pour les non-initiés, donc en résumé, Matthieussent a assuré !)
    Un exercice d’équilibriste parfaitement exécuté, qui méritait d’être salué !

  9. - Il y a des honnêtes gens, vous savez. Allons, pensez plutôt à ce que vous feriez au lieu de penser à ce que feraient les autres.
    - C’est que les autres sont nombreux.
    La lettre dans un taxi, Louise de Vilmorin, 1958.
  10. Mon Festival de Cannes

    Nooooon, je n’y suis pas allée ! Mais les 4 films que j’ai vus ces dix derniers jours étaient à Cannes, alors ça fait une sorte de mini-festival perso…
    La Chambre Bleue, de Mathieu Amalric, d’après Simenon. Mais on est très loin d’un Maigret ! Comme souvent avec Amalric, on passe les premières minutes à se dire que ça sonne faux, et puis petit à petit, il nous embarque, nous fascine et on s’accroche, on s’embarque avec lui dans cette sorte d’étude impressionniste de la bourgeoisie provinciale. Captivant.
    The Homesman, de Tommy Lee Jones. Western classique, très classique. Un très bon point pour le retournement inattendu aux trois-quart du film, mais sinon, RAS. Du bon boulot, bien fait, mais pas transcendant non plus. Son précédent (Trois Enterrements) était bien plus remarquable.
    Maps to the Stars, de David Cronenberg. Portait d’une famille dégénérée, dans un Hollywood qui forcément se prête à tous les excès. Les personnages forment une belle galerie de tarée, la critique d’Hollywood obsédée par l’argent, la jeunesse et l’image est tout à fait sympathique, un certain cynisme se dégage agréablement de l’ensemble. Petit bémol, la forme : le film est sage, très sage, trop sage pour pousser le truc jusqu’au bout et que le spectateur se dise “ouah, quel film de taré !”. Là, on s’arrête juste à “ouah, quelle famille de tarés !”. Mais un prix d’interprétation tout à fait mérité pour Julianne Moore.
    Deux jours, une nuit, des frères Dardenne (JP et Luc). 15 personnes à aller voir, à qui répéter toujours la même chose : “je comprends, tu as besoin de ta prime, mais si tu la prends, moi je perd mon boulot, alors tu veux pas changer d’avis”, ça peut faire peur. On peut craindre la lassitude, le glauque. Mais non, c’est bien fichu et captivant, toujours sur le fil, et magnifiquement interprété. Respect.

  11. Quoi ????? Ray Lamontagne a sorti un nouvel album il y a UN MOIS et je viens seulement de l’apprendre ????? J’ai pas assez traîné sur Internet ces derniers temps, on dirait… Alors, voilà Airwaves, extrait du nouvel album Supernova. Ça sent bon l’été …
    What????? Ray Lamontagne issued a new album A MONTH AGO and I just heard about it????? Looks like I haven’t been spending enough time on the Internet lately… So here comes Airwaves, from the new album Supernova. Feels like summer…

  12. Shades of Grey, a lot more colours than 50 !

    That Shades of Grey, is by Jasper Fforde, and has been published before the infamous 50 Shades of the same colour. And the two books have more than likely nothing else in common, so I’ll stop short of all other comparison (especially since I haven’t read the 50).
    The Fforde novel is a kind of post-apocalyptic sci-fi novel where the future doesn’t seem so bright (apparently, this is called dystopia), after the “something that happened” happened, and in which people’s place in society are determined by their ability to see colours (usually one or two at the most) and all technology and man-made technical engineering is gradually erased with each “leapback”. We discover this most puzzling world through the eyes of Eddie Russet, a teenager about to take his Ishihara, the life-defining colour test that will determine his main hue, and thus his place in society. But his world’s rules seem a little unfair and strange to him, and he is just a tad too curious for everyone’s liking…
    This book is both a great coming-of-age novel and a great detective one. The characters are well drawn (that’s the least you can do, I guess, in a book centred around colours), the story enthralling and very intriguing (oh, when are the next two parts of the trilogy coming out…????), and the whole thing is full of humour and clever inventions and perfectly shows the absurdity of a world where no one questions the law nor the established powers and most everybody basically loses their ability to think and act of their own free and educated will.
    And, as a cool bonus for all word- and image-lovers, since everything is based on hues, it makes for a wonderful vocabulary and visual experience: all the various colours of the world suddenly brought together before your eyes…
    A great read.

  13. High Res
  14. There’s never enough time to do all the nothing you want.
    Calvin & Hobbes, Bill Watterson, August 28, 1988.
  15. Deux mois de cinéma

    Ouh là ! Deux mois sans parler cinéma !? Mais que se passe-t-il donc ? Eh bien, 17 films vus au ciné + déjà 10 James Bond regardés sur les 23 de l’intégrale + le cycle Claude Sautet sur Arte = pas beaucoup de temps pour parler de tout ça… Alors voici une petite récap rapide (enfin, je vais essayer).

    Les films que je ne conseille pas : Un Weekend à Paris de Roger Michell, c’est déprimant. Night Moves, de Kelly Reichardt, c’est chiant.

    Les films que je conseille un peu, parce que bon, quand même, y a des acteurs qui peuvent sauver des films, ou en tout cas leur donner un minimum d’intérêt : De toutes nos forces, de Nils Tavernier, tire-larmes, mais aaah, Jacques Gamblin. 96 heures, de Frédéric Schoendorffer, pas convaincant sur la fin, mais aaah, Niels Arestrup et aaah, Gérard Lanvin. Barbecue, d’Eric Lavaine (oui je sais, j’ai des moments de faiblesse parfois…), pas vraiment drôle ni passionnant, mais aaah, Lambert Wilson (et bizarrement, aaah aussi pour Franck Dubosc, parfait dans son rôle d’amoureux délaissé).

    Les films plus que corrects, mais qui ne laisseront pas un souvenir impérissable non plus, parce que bon, tous les films ne peuvent pas être transcendants : Dans l’ombre de Mary, de John Lee Hancock, sage biographie de l’auteur de Mary Poppins, qui donne envie de revoir le film, et avec un superbe numéro d’Emma Thompson. Situation amoureuse, c’est compliqué, de Manu Payet et Rodolphe Lauga, comédie romantique plus tendre et charmante que drôle, mais qui se voit avec plaisir. All About Albert, de Nicole Holofcener, le dernier film de James Gandolfini, parfait en divorcé au cœur tendre dont l’ex-femme pourrit sa nouvelle relation sans même le vouloir. Divergente, de Neil Burger, convainquant et efficace, pas très subtil quand même sur les angoisses adolescentes de l’héroïne, mais je pense que c’est le genre (sf post-apocalyptique pour ados/jeunes adultes) qui veut ça. Apprenti Gigolo, de John Turturro, jolie petite bluette new-yorkaise avec aussi Woody Allen. Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? de Philippe de Chauveron, qui bien qu’étant vraiment drôle, n’est pas très innovante et n’apporte rien de particulier sur le sujet du racisme ordinaire.

    Le film « ben je ne sais pas trop quoi en penser » : Her, de Spike Jonze. C’est un film super esthétique, Los Angeles paraît belle (chose incongrue, certes, mais d’évidence ici possible), les chemises colorés de Joaquin Phoenix sont top (surtout la jaune), lui-même est plus que parfait (il est rarement autre chose), le concept plutôt intéressant et assez flippant sur le fond (je garde un souvenir tout particulier de la scène du rencard arrangé), et pourtant, je ne suis pas 100% convaincue, certainement à cause de l’amitié dans le réel entre le personnage de Joaquin Phoenix et celui d’Amy Adams, qui sonne faux (l’amitié comme l’actrice) et est desservie par des dialogues assez pourris. On atteint peut-être là les limites de l’artificialité du truc (ou alors Mlle Adams n’est tout simplement pas au niveau).

    Les films documentaires super top, avec des enfants dedans, et à voir, même si on n’aime pas les enfants : La cour de Babel, de Julie Bertucelli, et Dancing in Jaffa, de Hilla Medalia, tous les deux intelligents, drôles, émouvants et sachant éviter le didactisme et la sur-explication.

    Les films à voir, absolument : States of Grace, de Dustin Creton, le film indé américain de l’année (en tout cas de cette première moitié d’année), touchant, intelligent, avec des acteurs bluffant, sur un sujet pas facile facile et qui sait éviter la larme facile, justement. Dans la cour, de Pierre Salvadori, film drôle et plein de grâce sur la dépression (si, si – gare à la fin, quand même) avec Catherine Deneuve et Gustave Kervern, impériaux. My Sweet Pepper Land, de Hiner Saleem. Les paysages, les acteurs, l’histoire, le hang (c’est suisse, comme instrument, mais c’est pas grave) joué par Golshifteh Farahani, tout s’accorde pour faire de ce superbe western au Kurdistan un de mes films préférés de ces derniers temps.